Je passe mes journées à remettre des corps en mouvement.
Le corps ne décroche pas à quatorze heures.
Je suis physiothérapeute, diplômé de la haute école de santé de Loèche-les-Bains. J'exerce en clinique, dans la vallée où j'ai été formé. Mes journées se passent à travailler des corps : des dos noués, des épaules qui ne tournent plus, des gens pressés de retourner à leur vie.
À force, j'ai remarqué quelque chose. Les mains font une partie du travail. Le moment fait le reste. Une heure de détente en milieu de journée, et l'on remet ses chaussures pour retourner au bruit : le corps n'a jamais eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait.
Le soir, c'est autre chose. Il n'y a plus de trajet, plus de rendez-vous, plus rien après. C'est le seul moment où le corps accepte vraiment de lâcher.
Venir à l'heure où tout ferme.
L'heure bleue, c'est ce moment suspendu entre le jour et la nuit. Les lumières s'allument dans les villages, la vallée se tait, et plus rien ne réclame rien. C'est à cette heure-là que je viens.
J'arrive avec tout : la table, le linge, les huiles. Il me faut dix minutes pour installer et un espace de deux mètres sur trois. Vous n'avez rien à préparer, rien à ranger, rien à prévoir.
Une seule personne par soirée. Ce n'est pas une posture : c'est la condition pour que la séance ne soit jamais écourtée, et pour que je ne sois pas déjà en train de penser au client suivant.
Quand c'est fini, je repars et vous restez. C'est tout l'intérêt d'être chez soi.
Ce que L'Heure Bleue n'est pas.
Physiothérapeute diplômé, j'exerce en clinique la journée. L'Heure Bleue est une activité distincte : uniquement des massages bien-être, sans visée thérapeutique : pas de séances de physiothérapie, pas de traitement, pas de remboursement par les assurances.
Cette clarté fait partie du sérieux que je vous dois.